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Pouls de récits fragmentés

Les beaux cygnes

Les beaux cygnes

De son côté, Jean-Marie Blondieau aime plutôt marchander avec le propriétaire de Monclair pour assurer les arrières de Saint-Avit-les-Monts, mais aussi les siennes. Ses passions lui coûtent parfois un peu cher. Les femmes, la chasse, et la bière. Une sainte Trinité qui fait de lui un certain esprit sain. En matière de chasse, il aime aussi les grands équipages et les grandes livrées qui se déplacent en meutes, à cheval ou en 4x4. Car Jean-Marie Blondieau aime aussi les chiens bien éduqués qui savent flairer les gros gibiers. Les cors de chasse font partie d’une cérémonie où on lui dessert souvent la petite patte d’honneur à l’issue de la messe pour avoir autorisé une chasse à courre dans les bois de Saint-Avit-les-Monts. Généralement, il n’y a pas de débordements. Cela ne semble poser aucun préjudice à la population puisqu’en général, les bois sont privés. Le propriétaire de Monclair est lui aussi sensible à ces grandes équipées qui lui permettent de continuer à faire des affaires tout en prenant le grand air. Toutes sortes de chasseurs se retrouvent, des membres du Rotary par ailleurs élus d’autres communes, des hommes d’affaires qui viennent goûter aux joies des sorties en nature le week-end et des amoureux de traditions qui aiment traquer le renard ou les grands cerfs et autres corvidés. Pas de sanglier, le cochon sauvage au poil dru qui lui, fait l’objet de battues en bonne et due forme pour éviter aux agriculteurs de perdre une partie de leurs récoltes. Une pratique qui n’est pas toujours compatible avec les idées de Florent Seguin, amoureux de la nature. Mais les repas dans l’arrière salle du bar du bourg du centre effacent et estompent ces pratiques catholiques et, tant que les affaires continuent, les problèmes n’existent pas car, évidemment, il n’y en a pas. Les traditions perdurent dans ce monde rural qui n’échappe pas non plus à la modernité et aux caméras de vidéosurveillance, à l’informatique grâce au petit commerce de Christophe Gougère qui supervise également les tablettes, les smartphones, et les protections anti-virus. Saint-Avit-les-Monts dispose également d’un beau site internet où le mot du maire fait office de page d’accueil. Avec ses airs de petit bonhomme, Jean-Marie Blondieau a le sens de l’accueil en haut de page, entre deux cygnes, le pont et l’église de la commune. L’eau qui coule sous le pont irrigue aussi le pastis. Le petit jaune qui rafraîchit et désaltère l’été et devient une mauvaise habitude l’hiver. Petit jaune, rosé, une palette de couleurs pastels qui rend la vie moins morose. Pourvu tout de même que l’on ne découvre pas le pot aux roses. Les mœurs de Jean-Marie Blondieau sont connues de quelques initiés, d’amis bons vivants qui prêchent dans la même paroisse. Un maire qui se faufile partout avec plus ou moins de bonheur, certains, plus hauts, plus grands, ne le considérant pas toujours à la hauteur. C’est que sa taille ne l’aide pas, ni son vocabulaire et sa syntaxe orale. Mais ses costumes toujours plutôt bien coupés et sa petite berline prêtée par Monclair lui permettent de faire partie des élus de plain pied, tout en étant parfois marginalisé. Une chose est sûre, c’est que s’il se rend dans un restaurant à Paris bien accompagné, il peut être sûr de rencontrer d’autres élus de la région de Saint-Avit-les-Monts, qui détiennent un fauteuil dans les assemblées, en charmante compagnie également, mais pas l’officielle. Et quand on est à Paris, on est loin du foot, de l’école, mais pas forcément des affaires de chasse ni des vapeurs des alcools. Les petites mains de Jean-Marie Blondieau tremblent toujours autant. De Paris à Saint-Avit-les-Monts, il n’y a qu’à peine deux heures de route et, avec la berline prêtée par Monclair, on passe inaperçu, même si les mœurs de certains Parisiens sont plutôt portées sur le SUV. Avec sa berline, Jean-Marie Blondieau maîtrise la route avec une certaine souplesse, tout en se faufilant dans la circulation parisienne. C’est un habitué de ces rencontres fortuites qui lui permettent de nouer d’autres relations avec les élus de la région, mais plus confidentielles, scellées parfois par de petits secrets et un autre type de connivence. Des hommes en bonne et due forme, qui ne s’embarrassent pas de petites bagatelles. Pas de doute sur leur pouvoir de séduction, ils parviennent toujours à caler leur petites ou grosses faims. Des élus de province qui fréquentent les mêmes cantines une fois à Paris grâce aux petits biens accumulés dans leur carrière d’élus. Des problèmes de cantine dans les écoles avec les cantinières jusqu’aux popotes partagées à Paris avec des femmes moins popotes que les officielles, les points d’achoppement sont nombreux et toutes les ressources sont précieuses à leurs yeux, peu importe d’où elles viennent. Tant que les off restent là où ils doivent rester et, s’ils sont utilisés, qu’ils soient répétés à bon escient et dans les bonnes oreilles, même si, parfois, il y a quelques fausses routes qu’il faut rattraper en s’accrochant à des branches, même mortes. Alliances, mésalliances, médisances et, surtout, chacun protège ses arrières et ses arriérés. Il y a toujours des choses à financer, que ce soit du domaine public ou privé. Pour ces soirées de têtes-à-têtes qui doivent rester discrètes, les portefeuilles étaient toujours pleins, et les pourboires généreux. Jean-Marie Blondieau, quant à lui, dépense toujours sans compter. Ce nouveau riche décomplexé laisse filer les billets pour rendre le moment plus agréable à sa compagne de l’instant présent. Juste retour des choses quand toutes choses sont offertes et partagées aux moments les plus opportuns. Dans ces restaurants, pas de Pakistanais avec fleurs puisque les fleurs sont offertes avant d’entrer dans l’établissement. Parfois aussi à la sortie. Roses ou gerberas, roses et gerberas, c’était toujours le même duo qui jouait ces partitions fleuries. Pas que Jean-Marie Blondieau soit particulièrement un galant homme, mais il croit dans le pouvoir des fleurs. Flower power pour ce libéral qui a soviétisé sa mairie avec ses toujours plus nombreux employés municipaux salariés pour les mêmes causes. Quant à Jean-Marie Blondieau, il joue toujours un peu du flûtiau avec le langage qui lui est propre.

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