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LA PULSATILE Pouls de récits fragmentés

Ca mousse sans éclabousser

Nature et Culture
Ca mousse sans éclabousser

Christelle Boulanger, une des secrétaires de la mairie de Saint-Avit-les-Monts, est une cuisinière qui sait bien accommoder les petits plats en sauce. Son mari, militaire de carrière, est un passionné de football. Lors de ses présences à la base aérienne d’Aurelcastel, il tapait souvent le carton en attendant, avec ses collègues, que le temps passe. Quelques verres de Ricard ou de rosé faisaient aussi en sorte que le temps passe plus rapidement. Si ces militaires de carrière ne tapaient pas le carton, ils se maintenaient en forme en faisant quelques tours de piste pour un peu d’endurance. Dominique, le mari de Christelle Boulanger qui habite non loin du stade de football, a aussi l’amour du ballon rond chevillé au corps. Il faisait partie de l’équipe d’entraîneurs. Tous les mercredis, il prenait deux heures de son temps libre pour former les jeunes à la technique du football. Passes, arrêts de but, il n’est pas rare que les gamins se dépensent en courant, des fois machinalement, sur le terrain de foot. De l’ancien poussin à l’ancien junior, les fans de Zidane ou de M’bappé se meuvent comme ils peuvent en pensant à leurs idoles, qu’ils collent sur de grands cahiers Panini. Pour Dominique Boulanger, ces heures d’entraînement sont aussi l’occasion de retrouver les autres entraîneurs des jeunes. Le soir, l’heure de l’apéro s’éternisait toujours un peu. Pas question encore d’aller retrouver madame dans son doux foyer et s’occuper de ses propres enfants. Les apéros entre copains de foot sont toujours sacrés. Il y avait tout un arsenal de bouteilles non loin des vestiaires. Entre seniors, on se rappelait le bon vieux temps des Rocheteau, Giresse, Platini ou encore Batiston qui avait eu un accident de parcours lors de la Coupe du monde de football en 1982. On suivait aussi, autrefois, l’équipe fanion d’Aurelcastel, qui avait connu ses heures de gloire en championnat honneur. Un temps bien révolu remplacé par un autre temps, celui des apéros entre copains et des matches de foot le dimanche après-midi. Le tout sans les gosses, ni femme, pour se retrouver dans un univers considéré de tous comme masculin. Entre passes et petits dribbles en short, après, il y a les shots. On se shoote au Pernod-Ricard, au petit jaune des apéros d’été qui continuent toute l’année, avec, parfois, le rosé pamplemousse et de la bière à température ambiante pour ne pas perturber le système digestif. Ils arrivent à tout assimiler car ils ont de l’entraînement, en dehors des retrouvailles sur le stade le mardi soir à la lueur des lampadaires qui éclairent la pelouse. Ce grand rectangle vert, bien coupé, toujours propre et arrosé comme il faut, même l’été aux heures moins caniculaires. Bien bordé de blanc pour délimiter le terrain et la zone des buts à venir. A Saint-Avit-les-Monts, on aime le foot et ça se voit. Même si les femmes ne viennent pas toujours avec les gosses le dimanche après-midi, il arrive aussi qu’elles se retrouvent entre elles, entre femmes de footballeurs et, le cas échéant, faisaient partie de la même association de parents d’élèves où elles multiplient les actions pour renflouer les caisses de la Coopérative scolaire. De bonnes synergies entre parents d’élèves, amateurs de football et de bonne chère, s’étaient ainsi créées aux sorties des écoles de Saint-Avit-les-Monts et sur les bancs de touche du stade. Des petits poussins aux grands coqs sportifs, les collaborations sont transversales. Mêmes équipes, mêmes familles, mêmes milieux socio-professionnels. Tous sont engagés vers les mêmes buts : pousser le caddie dans la même direction au supermarché, et faire de ses loisirs une sorte d’échappée du travail quotidien qui vise surtout à perdre sa vie en essayant de la gagner. Et c’est en se saoulant que l’ivresse du quotidien disparaît dans des chimères de victoires sans grandes gloires. La convivialité est toujours de mise, comme on l’écrit si bien dans les journaux locaux. Il y a tout de même toujours des petites batailles à mener, un combat, une petite lutte pour arriver aux buts. Il ne faut pas toujours compter sur les résultats, mais à plusieurs, on n’est pas des losers. Une petite chaîne s’était petit à petit formée, avec ses maillons, plus ou moins solides, mais rien n’avait encore jamais vraiment lâché jusqu’ici. A l’école comme au foot, les petits et les grands garçons pouvaient taper dans la balle sous l’œil attentif des mamans. L’heure du goûter et de l’apéro, en revanche, pouvait se passer d’elles, à condition qu’elles sachent contribuer à ramener les munitions. Avec les efforts entrepris par ces jeunes mères et épouses, on pouvait financer des sorties scolaires à l’école, et des voyages au Stade de France au club de foot. De l’Union sportive de Saint-Avit-les-Monts au Cartable enchanteur, les passerelles sont minces. Seuls les buts pédagogiques différent et l’éducateur ne s’engage pas de la même manière. Des bons points aux cartons jaunes ou rouges, les pénalités n’étaient pas les mêmes non plus. L’heure des mamans n’était pas la même à l’école ou au club de foot. Confection du goûter à 16h30 ou confection des sandwichs les samedis après-midis pour les lotos du samedi soir. Quant aux boissons, elles sont toujours de la partie pour les eaux et les jus de fruits. Pour les alcools, ce sont les papas qui gèrent, mais elles ont tout de même leurs mots à dire. Cédric Tondu, habitué des entrées et des sorties d’école, comme de la police du côté du stade de foot, est un des liants de ce petit monde. Son monde sportif à lui n’est pas celui du ballon rond, mais du handball. Du pied à la main, ce n’est qu’une question d’attitude sur les terrains et dans les cages de but. En revanche, le goût des alcools est toujours fort quand on est un sportif de tous les terrains, depuis le canapé devant la télé ou sur les chemins de Saint-Avit-les-Monts. Et c’est souvent à Monclair que l’on trouve des munitions, souvent médiocres, mais à prix relativement raisonnables quand on utilise la marque du magasin. Des munitions repères avec quelques pivots et des personnes ressources qui savent être de bons relais dans cette chaîne de transversalité. Et à Monclair, il y a un employé du rayon alcool qui appartient à tous ces univers, entre foot, école, employés municipaux. Ce n’est pas vraiment un petit gars du pays mais il s’est vite adapté aux us et coutumes du pays. Depuis les réserves de Monclair, une économie de marché parallèle s’est créée en quelques mois, tout ceci en dehors des caméras de surveillance et du cahier de comptabilité tenu dans l’ordinateur. Une belle organisation qui profite à beaucoup d’Avitiens et de quelques habitants d’Aurelcastel bien informés. Pas un seul grain de sable dans les rouages. Tout le monde en profite, et l’alcool ruisselle à flot. Quant à l’argent, nul ne sait où il va, mais certaines comptabilités parallèles sont quant à elles bien tenues. Cédric Tondu connaît bien tout ça. Il ne ferme pas les yeux dessus, il les a totalement ouverts sur ce système qui irrigue les petits sentiers ou les grands sentiers, les petites et les grandes soirées, en petits comités ou lors de grandes tablées. Réunions publiques ou privées, l’amitié et la convivialité se cultivent dans des chants rabelaisiens. On mange, on boit, on rigole et, le lendemain, on oublie plus ou moins certaines choses de la veille. Petites vies, microcosmes exigus et ramifications importantes permettent d’entretenir les fils de la sociabilité. Il y a donc Cédric Tondu, une des chevilles ouvrières qui entretient ces fils de la sociabilité, Christelle Boulanger qui préserve les réserves dans un cabanon de jardin dans sa petite propriété près du stade, et ceux qui consomment après commandes. Tout cela au nez et à la barbe de Monclair, bien que certains profiteurs du système soient des employés de l’hypermarché, des modèles de parents d’élèves et des amateurs de football eux aussi. On rit, on festoie, on joue au foot ou on organise des marchés de Noël au profit de la Coopérative scolaire avec du vin chaud à la cannelle made in Monclair. De tout ceci, Jean-Marie Blondieau n’y voit goutte bien qu’il ne cracherait pas lui non plus sur une petite goutte. Mais son indéfectible relation avec le propriétaire de Monclair lui permet de mettre des lunettes noires qui n’engage pas toujours une bonne vue sur certaines choses. On ne peut pas être juge et partie ou juge ou partie. Jean-Marie Blondieau regarde plus ou moins de loin ce petit monde, plus jeune que lui qui est passé dans l’âge de l’art d’être grand-père. Mais un grand-père toujours plein d’une verdeur qui n’appartient qu’à lui.

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