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Pouls de récits fragmentés

Droit au but

Droit au but

Au club de football, la buvette était elle aussi toujours bien garnie. Joueurs, entraîneurs et dirigeants ne manquaient jamais de rien pour contenter les spectateurs assoiffés. Rosé, bière, picon formaient le trio des boissons alcoolisées pour les adultes, quand les sodas, jus d’orange et l’eau parvenaient parfaitement aux enfants et à quelques vieilles dames. Entraîneurs, joueurs et dirigeants s’entendaient très bien. Les dirigeants organisent des lotos pour payer, avec les bénéfices, quelques équipements pour jeunes et vieux footballeurs, et les cartons d’amende quand, sur le terrain, certains joueurs estimaient que l’arbitre leur manquait de respect quand ils avaient un jeu trop offensif. Dans chaque commune, sur le terrain ou à la télé, le football est le sport roi. Pas celui des gentlemen, mais celui des petits ponts, des coups francs et des corners qui faisaient s’enflammer les amoureux d’un ballon rond, blanc tacheté de noir. A Saint-Avit-les-Monts aussi, on a les amoureux de ce fameux ballon rond. Les anciens collectionneurs de vignettes Panini touchent encore la balle, quand leurs enfants intègrent les petites équipes. Il y a les fous de l’ange vert, des Rocheteau de Saint-Etienne, ceux de l’OM, ceux du PSG, de Nantes et de la ligue 2. Eux jouent en sous-division. On ne sait pas s’il s’agit du foot plaisir ou du foot devenu une manie. Une manie de vieille mémé qui continue à tricoter le même pull torsadé, à fabriquer les petits bonnets des nouveaux-nés et les écharpes pour que petits enfants et grands enfants n’attrapent pas froid à la gorge. Dans les manies des amateurs de foot de Saint-Avit-les-Monts, il y a aussi l’alcool, qui n’est pas roi, mais qui règne un peu en maître car les troisièmes mi-temps sont plus arrosées que le terrain de football en pleine canicule. De Monclair à l’école, de l’école à la mairie, de la mairie à l’ancien presbytère où le poste de police a pris sa place, et de l’ancien presbytère au stade de football. Tout un petit circuit qui sillonne dans Saint-Avit-les-Monts entre commerçants, élus, agents et membres du tissu associatif. La vie est bien rodée et bien organisée, à Saint-Avit-les-Monts. Il n’y a généralement pas trop de place pour le hasard ou de grands incidents qui viennent mettre un grain de sable dans les rouages. Si Jean-Marie Blondieau se vante que tout est transparent à Saint-Avit-les-Monts, y compris les comptes administratifs et financiers, il existe aussi un petit monde parallèle qui sait utiliser le système pour qu’il s’adapte à son quotidien. Nadine Turinos, elle, ne boit pas beaucoup d’alcool et préfère un verre de jus d’orange, mais ne crache pas non plus sur un petit mousseux quand l’occasion se présente. Elle mène sa vie à Saint-Avit-les-Monts selon son bon vouloir contraint par les impératifs de Jean-Marie Blondieau. Elle est une de ses maîtresses, mais pas celle en titre. Marié, père de deux enfants, grand-père de cinq petits-enfants, il entretient aussi une femme de son âge, une toute petite femme de sa taille, totalement insignifiante, et paie les études du fils de cette femme, avec laquelle il a quelques biens communs. Notamment une maison en Sologne où il peut assouvir pleinement sa passion pour la chasse, dans cette région giboyeuse où les rabatteurs ne manquent pas. Quand il était encore en activité, il emmenait avec lui quelques-uns de ses clients tout aussi passionnés que lui par la chasse dans des safaris en Afrique. Il payait tous les frais. C’était le temps du grand luxe où le soleil africain lui permettait de continuer à surveiller ses futurs contrats. Il était aussi le président, pendant cette période, de la Fédération du bâtiment du département ainsi que celui du Centre de Formation des Apprtentis du bâtiment de la ville préfecture. Élu, là aussi, faute de candidats et de volontaires. C’est ainsi qu’il s’est toujours imposé avec ses manières de ouistiti des affaires. Aujourd’hui, pour Jean-Marie Blondieau, la chasse s’était limitée à son grand cabanon en Sologne et des actions dans les bois privés de Saint-Avit-les-Monts et des alentours. Ici, il ne possédait pas vraiment de bois, mais bénéficiait d’un bon réseau de copains qui pouvaient le faire chasser dans les bois qui appartenaient au Crédit Agricole, à la Caisse d’Épargne ou encore au Crédit Mutuel. Des actions tout aussi stratégiques puisque les repas de chasse sont souvent eux aussi bien gratinés et bien arrosés. Jean-Marie Blondieau pouvait vraiment se lâcher pour laisser s’épanouir son côté égrillard en bon vieux queutard amoureux de sa petite queue. Une petite queue qui le préoccupe beaucoup et dont il s’occupe presque quotidiennement. Certainement pour l’hygiène, diraient certains. Chez Jean-Marie Blondieau, c’est l’organe le mieux placé pour montrer qu’il était un tireur d’élite, en bon adepte des safaris féminins. Les femmes, il les aime à tous les âges. D’une petite jeune de 18 ans à une femme de presque 88 ans. Cet homme de 70 ans bien tassés ne s’arrête jamais dans ses explorations féminines, et se met toujours en quête de celle avec laquelle il pourra baiser. La femme, c’était une des affaires de cet affairiste généreux jamais avare d’un cadeau, ou d’un passe-droit. Il collectionne les conquêtes, lui, l’homme de tous les terrains, de toutes les terres, même celles qui ne lui appartiennent pas. A Saint-Avit-les-Monts, il était chez lui, en terre qu’il n’avait pas besoin de conquérir. Ses conquêtes, il ne les comptait même plus. Il avait autour de lui toute une cohorte de subordonnées dont il pouvait jouir s’il le voulait, à condition, toutefois, qu’elles le veuillent aussi. Mais un petit bouquet de fleurs, une extension sur une maison, une rampe d’accès à un commerce suffisaient à rendre ces dames heureuses, la promiscuité physique en plus. Chez lui, seules ses mains tremblaient. Tout le reste gardait un certain mystère, à l’exception de sa chaînette en or qui dépassait, quelques fois, du col de sa chemisette l’été. Petit, un peu rond sans, semble-t-il, une tendance à l’embonpoint, il ne plaisait pas vraiment de prime abord. Et ce n’est pas avec ses discours qu’il pouvait compter fleurette facilement. Mais son côté direct et franc du collier dès que quelqu’un était à son goût lui permettait d’obtenir ce qu’il voulait, sous quelques conditions. Elles étaient nombreuses à bénéficier de petites ou de grosses largesses. Pour les hommes, largesses il y avait aussi, mais ce n’était pas avec la même nature qu’il se payait la bête. Voitures en leasing, petites pièces de monnaie pour un bon rendu des affaires qui tournent toujours aussi bien.

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