Petites plumes noires pour grands soirs, petites plumes noires qui collent aux ergots et au bec dans le bruit des grandes soirées d'été. Poule noire pour grands soirs, poule noire aux petites plumes qui collent au bec et qui se cache sous de petites haies prêtes à égayer un hiver trop précieux. Petite poule noire aux plumes qui collent à la tête et qui montent aux têtes les plus précieuses dans ce bas monde qui prise aussi la terre. Gratte la terre, gratte le temps si mouvant dans un automne qui fera le printemps.
Elle a voyagé, la chouette. Elle en a connu des biotopes en neuf jours. Zéro empreinte carbone. Elle s'est baladée de pot en pot. Pas besoin de pot catalytique quand on chemine, comme ça, de pot en pot, de biotope en biotope et de genre en genre. Neuf jours à trimbaler ses plumes et ses ailes, pleine de sagesse, pour la chouette qui regarde ce monde en n'y croyant pas ses grands yeux bleus. Elle en a connu des genres mais n'a rien retenu d'autre avec son implacable impassibilité. Elle est impassible mais ses yeux sont toujours ouverts sur ce monde qui n'en peut plus de lui-même tant il est tourné...
Lumières dans le ciel, pleins feux sur le ciel voilé et zébré par la course aux nuages. Rose au levant et au couchant, bleu à midi pétant, rien ne sert de courir, il faut verdir à point.
Le dernier carnet d’adresse physique qu’elle ait rempli date de 2004. Après cette année-là, elle ne prenait même plus la peine de recopier les adresses dans ses agendas successifs. En 2004, il y avait quelques adresses physiques et postales, avec des numéros de téléphone, et il y avait aussi des adresses mail. Des adresses postales pour envoyer une carte postale ou du courrier, et des adresses mail pour envoyer des courriels. Pas besoin de domiciliation pour avoir une adresse mail. Il suffit juste d’ouvrir un compte dans n’importe quelle application de messagerie électronique pour avoir une adresse...
L'arbre est dans l'œuf
Il est là, l’arbre, dans toutes ses données génétiques, dans toutes les empreintes qu’il laisse, à l’automne, ses feuilles tombant à terre. C’est d’ailleurs à l’automne qu’on voit qu’il y avait un nid. Un nid de pigeons voyageurs qui sont venus se lover au creux des branches de ce cerisier pour s’y reproduire et donner naissance à de nouveaux pigeons. Des pigeons qui sont soutenus par cet arbre, qui donne des cerises, sur lequel ils peuvent se poser, s’abreuver et se nourrir. Un nid pour cet arbre, un arbre pour ce nid. Des branches qui s’étalent et qui montent toujours...
Dans l'œil glauque de la Muselle, coulent les nymphéas prêts à fleurir. Dans le reflet de la Muselle, brillent les arbres partis pêcher les canards et les poules d'eau. L'eau glauque de la Muselle ensorcelle les nymphéas de la coulée verte qui s'acheminent doucement vers l'océan, dans l'ordre de la beauté éclairée.
Six fois la trouille Cyborg la citrouille Citrouille de la transe qui avance Citrouille du puissant sans argent Manque le carosse de la fée Carabosse Et les souliers de vers pour se mettre à l'envers.
Coin, petits coins d’eau, petits bords d’eau, petites mares où sillonnent les canards. Réserves d’eau qui retiennent les animaux, réserves d’eau qui retiennent les demoiselles. Réservoirs ou déversoirs, réserves qu’on regarde sans réserves. Réserves du fond des yeux, du fond de l’œil qui va mieux. Réserves à poissons, réserves d’argent où l’on se mire pour ne pas se noyer tout à fait. Le ciel est tombé dans la mare, avec les nénuphars. Où sont les joncs ? Ils bordent l’eau pour ne pas tomber dedans et retiennent ce qu’il y a de meilleur pour que ça n’aille pas à l’extérieur. Mare comme un lac,...
Aller voir ses ancêtres, convoquer les morts, se laisser encercler par ces esprits qui veillent sur les destinées qui leur sont allouées. Se laisser bercer par le chant des oiseaux qui s'en vont et montent vers d'autres espaces-temps, d'autres contrées, d'autres vallées. Regarder les arbres et invoquer les forces de vie pour mesurer pieds par pieds, poings par poings, le chemin qui reste à faire au mitan de la vie. Regarder le ciel et laisser filer les nuages qui s'amoncellent. Tout ruisselle.
Laver son linge sale seul, sans la famille, dans la quiétude des lavoirs du monde moderne. Hublots qui laissent voir la mousse des détergents qui lavent plus blanc. Des agents très actifs bien qu'écologiques pour la laverie automatique. Laver son linge sale seul, sans la famille, loin des scories des imbéciles. Washing machine, tu es maligne.