Dans la toile rouge de l'automne, je regarde les branches vertes prises dans l'étau du lierre qui rougit. Dans la toile rouge de l'automne, on se laisse attraper par la chaleur des derniers rayons de soleil. Dans la toile rouge de l'automne, on se laisse attraper dans les filets qui pendouillent lamentablement sur les feuilles encore vertes. Dans la toile rouge de l'automne, il y a les branches mortes qui ne repousseront pas. Dans la toile rouge de l'automne, il y a moi qui n'attends pas l'hiver qui va pourtant venir. Dans la toile rouge de l'automne, il n'y a plus rien d'autre à attendre que les...
Je crois qu'Eric, mon smartphone, aime les garçons de mon âge. Il traîne un peu trop sur Meetic et choisit pour moi le mâle alpha qui pourrait me convenir, sans que je lui ai rien demandé. Je ne pense pas que mon doigt dérape, c'est juste ce putain de smartphone que je vais rebaptiser à mon nom, c'est plus sûr. Car, avec tous ces choix bizarres sur Meetic, des coups de cœur qui n'étaient pas les miens mais qui étaient du choix d'Eric, je pense qu'Eric est secrètement amoureux de tous ces garçons qui s'étalent sur ce réseau social. Je ne lui en veux pas d'avoir préféré ce genre de backrooms, ça...
Mur en ruines, rempart hors d'usage qui ne sert plus à rien. Les heaumes et les cuirasses ont disparu, reste cette ruine couverte de lianes et de végétation qui continuent à la soutenir au pied du cours d'eau. Rempart en ruines pour armure hors d'usage, qui n'a plus cours. Seuls les arbres le recouvrent d'un manteau de bois et de feuilles. Restent quelques ronces où poussent des mûres sur les murs lézardés par le temps qui passe, qui s'écoule et s'écroule. Ruines d'un autre temps, vous n'avez plus le temps de prendre le temps.
Par le sentier ombragé, il n'y a rien d'autre que moi qui le remonte pour aller à la découverte du monde. Par le sentier ombragé, il n'y a rien d'autre que moi qui le remonte avec toutes les peines du monde. Par le sentier ombragé, il n'y a rien d'autre que les arbres qui forment un tunnel en balancelle. Par le sentier ombragé, il n'y a rien d'autre que les arbres et ma solitude sans finitude. Par le sentier ombragé, il n'y a rien d'autre que moi où tout se rassemble en soi. Par le sentier ombragé, il y aurait pu y avoir toi.
Il cherche l'argent dans l'eau avec ses bâtons de ski. Il remue l'eau jusqu'à ce qu'elle mousse et qu'elle s'émousse pendant que lui se trémousse. Il a besoin de deux bâtons de ski pour chercher l'argent, en vain. Il n'y avait pas d'argent dans l'eau de source qui jaillit de la terre dans le plus grand secret. Il cherche de l'argent dans l'eau de source. Peine perdue. Il n'a trouvé que l'or, un gain qui n'est pas venu en vain.
Deux chemins, l'un de bitume, l'autre de terre, et au milieu, un îlot pour les arbres. Arbre couché ou arbres encore bien plantés, ils ont le sens de l'accueil. Il fait bon s'y planter, à côté ou en dessous, pour se protéger des rayons du soleil si vifs, si ardents. Ils ont le sens de l'accueil et protègent des regards indiscrets, de ceux qui voudraient percer des secrets qui n'existent plus. Ils ont le sens de l'accueil et protègent les petits secrets bien gardés dans des coffrets. Ils ont le sens de l'accueil et ne sortent pas du bois, ces arbres plantés là pour faire du bois.
A terre, l'arbre-éléphant, propulsé au sol par un fort coup de vent. La tronçonneuse a fini le travail, aussi rapide et nette que des coups de machette. L'arbre-éléphant gît au sol, couché sur son flanc. Il ne voit plus rien, ne sent plus rien et laisse des traces dans l'herbe. L'arbre-éléphant n'attise plus les convoitises et ses branches, coupées, sont déjà ramassées. L'arbre-éléphant est mort, déraciné de la rive. Il n'est plus abreuvé par la rivière qui coulait à ses pieds et préfère rester couché dans sa civière. L'arbre-éléphant reste rivé à son pré.
A la croisée des chemins, s'enroule le lierre pour le pic-vert. Basse croisée des chemins pour les branches qui s'élancent et vont percher haut les cerises du mois de juillet. Le cerisier est intact. Il est là, depuis quinze ans, planté par de solides mains devenues fragiles puis cendres. Le cerisier est toujours là, puissant, solide sur son tronc jusqu'aux branches graciles qui fuient vers l'horizon. Les fleurs du printemps, blanches, laissent la place à des fruits court-circuités par les gelées du mois de mai. Les feuilles les remplacent et remplissent l'arbre toujours planté là, quinze ans après,...
Je me baigne et je flotte dans la rivière. Je flotte sans flotteur. Je me sens bercée par cette douceur, cette langueur des eaux tranquilles et sans tumultes. La vie est un petit cours d'eau qui remue. Je flotte sans tanguer. Je me laisse bercer par ces eaux indociles. La vie est une petite rivière que rien n'indiffère. Je flotte et je me laisse bercer par ce cours si entreprenant et si charmant. La vie est un flux ininterrompu, comme une source qui sort de terre et qui bouillonne. Je flotte et je baigne dans ce courant où je me suis jetée sans le moindre filet. Je suis prise dans les filets d'une...
Tombée dans le courant de la rivière, je remonte la rivière à contre-courant pour regagner la rive. Impuissante, je me laisse entraîner par le bouillon de l'eau. Je nage en me laissant emporter par l'eau vive, poussée par la force d'une eau fraîche et puissante, aussi fraîche et puissante qu'un amour insolent. Je me laisse entraîner par ce courant qui me mène vers le fleuve et j'irai voir l'océan, celui dont les rouleaux embrassent les corps indolents qui se laissent enrouler par cette eau ô combien salée, aussi salée qu'une addition de sensations.