Au cul des vaches, sur leur plancher, de l'herbe grasse, de la mousse et des chardons. Alanguies et étalées de tout leur long sur ce plancher, au ras du sol, les génisses se repaissent. Herbe sèche mais grasseyante pour le repos du troupeau qui rentrera bientôt en stabulation. Pré vert au plancher tout aussi vert pour ce plancher des vaches, au ras du sol, la tête dans le ciel bleu de l'automne. Génisses qui frémissent dans le vent grasseyant. Génisses qui gémissent en attendant de passer sur l'autel, quand les piquets seront levés pour aller manger.
Un coin de ciel bleu et le noir de l'orage au fond de l'eau. Un regard sur la rivière, les arches du pont et le ciel qui se reflètent dans l'eau. Le ciel traîne dans l'eau et le regard s'accroche à la cime des arbres. Un ciel de traîne dans l'eau, un ciel d'orage qui s'accroche dans l'eau de la rivière, ciel bleu, noir profond des nuages qui menacent au-dessus de l'eau. Les arches du pont se prolongent dans l'eau et le regard gronde au fond avec l'orage qui est passé au-dessus de l'eau qui continue à couler sous le pont. La pluie a lavé le fond de la rivière.
Grains de maïs à la barbe foisonnante. Dents jaunes pouvant se changer en or, selon le cours. Grains plus gros que les grains de ta peau Grains sans défense contre les oiseaux Grains poilus en proie aux attaques des pigeons Grains absolus que l'on transforme en grains soufflés et sucrés Grains de malice pour la saucisse Grains de maïs qui enrichissent les ventres et les bourses déjà bien remplis.
Dans le creux de Boursotilum, s'engouffraient les Boursatiles qui cherchaient la cellulose pour construire leur petit village au pied des arbres. Dans le creux de Boursotilum, s'engouffraient les oiseaux pour y nicher et y faire leurs couvées. Dans le creux de Boursotilum, les insectes xylophages grignotent toujours un peu plus le bois. Dans le creux de Boursotilum, on y fait des repas de tous bois. Dans le creux de Boursotilum, on y voit tous les jours de quel bois je me chauffe. Dans le creux de Boursotilum, il y a un fauteuil qui accueille ceux qui veulent s'y retrouver.
Il voulait garder sa fertilité. Il s'est couché sur la pierre plate du dolmen pour que ses spermatozoïdes conservent leur vigueur. Il s'est couché sur cette femme crapaude pour retrouver cette fertilité qui lui avait fait défaut jusqu'ici. Il s'est couché sur cette femme crapaude pour retrouver sa virilité perdue à force d'irritabilité névrotique. Il s'est couché sur la femme crapaude pour s'enfoncer dans ses rêves qui le mèneraient au pays des mille chardonnerets où se trouvait sa bienaimée. Il s'est couché sur la femme crapaude en équilibre instable et il a chuté en regagnant de la vigueur et...
Il regardait par la fenêtre du château. Il n'y avait plus de fantôme depuis un siècle, depuis que son grand-père avait acheté le château. La fenêtre et ses boiseries donnaient sur la cour. Une petite ouverture sur le monde mais il avait juste assez de visibilité pour voir qu'il y avait une femme-tronc. Elle tendait sa sébile en demandant l'aumône aux visiteurs. La femme-tronc avait des chats à nourrir et profitait de l'ouverture du château au public pour tendre sa sébile. La femme-tronc avait vingt chats à nourrir. Elle aurait pu chasser les choucas du donjon pour les donner à ses chats mais son...
Il nage. L'eau est fraîche, claire et limpide. Il flotte avec son maillot de bain une pièce. Il fait quelques brasses dans les remous de la rivière. Il aurait pu venir accompagné mais il a préféré venir seul. Il nage et flotte sur le dos dans son maillot de bain une pièce, dans cette eau si claire et si limpide qu'elle le lave de tout soupçon. Il fait des longueurs et des largeurs dans l'eau de la rivière et se baigne avec son maillot de bain une pièce comme un baigneur qui brasse cette eau si claire, si limpide et si fraîche. Il se croit au-dessus de tout soupçon dans son maillot de bain une pièce...
Un seul trou, une seule fenêtre pour le pigeon qui vole et qui survole la région. Boîte à pigeons, boîtes à choucas qui repèrent les anfractuosités pour mieux se loger. Boîte à oiseaux qui nichent au plus haut, dans les tours, et qui volent au-dessus du château. Boîte à survol, avant l'envol et le repérage dans les airs tracés par le vol des oiseaux de fer. Boîte ronde qui s'élève dans le ciel sans laisser de fiel ni de miel. Boîte ronde pour le pigeon nomade qui vient se reposer après des échappées et des envolées pour se rapprocher du nid et de la couvée. Boîte ronde pour ne rien rater des nichées...
Marron tombé dans les orties qui pique et qui est immangeable. Marron coup de poing laissé dans l'œil. Marron glacé comme le matin du premier jour de l'automne. Marron tombé dans les orties comme poussé par une envie de piquant et d'urticant. Marron tombé dans les orties dont on fait des soupes à la fin de l'été. Marron tombé dans les orties comme un coup de poing pour le chaland qui n'aime pas le piquant. Marron tombé dans l'oubli d'un trou béant.
Ils s'étaient manqués. Le noir et l'alezan se sont retrouvés après avoir passé un moment l'un sans l'autre, chacun dans son coin de pré. Ils n'ont pas mangé la même herbe ni les mêmes baies. Ils se sont manqués sous le soleil de l'automne et se sont retrouvés dans ce pré carré. Ils se sont frottés et caressés leur chanfrein. Ils sont réunis pour ne pas se séparer jusqu'au début de la soirée. Ils vont trotter et se frotter pour ne pas se rater. Ils se sont tellement manqués, tant de fois, sans faire de foin.