Les pigeons avaient élu domicile sur la fontaine et laissent leur lot de fientes sur la pierre du monument qui desservait toute la ville basse en eau autrefois. Aujourd'hui, ce sont les pigeons qui menacent les éléments décoratifs de cette fontaine monumentale surmontée d'un phénix. Pas sûr qu' "extincta revivisco " la pierre calcaire plutôt blanche. Elle commence à se verdir des crottes des pigeons qui n'épargnent rien ni personne. Ils se posent même sur le superbe et pauvre phénix qui déploie ses ailes pour leur tendre un perchoir à fientes. Les platanes de la place, quant à eux, n'ont pas dit...
Toutes les nuits elle se transformait en succube. Comme elle n'arrivait pas à dormir à cause de l'incube qui faisait d'elle ce qu'il voulait toutes les nuits, elle descendait dans son salon pour consulter frénétiquement son smartphone et aller sur Adopte un mec. Elle se transformait alors en succube en cliquant sur certains portraits pour entamer, à 3 heures du matin, des conversations avec des mâles alpha ou de gentils garçons en quête d'amour, d'amitié ou d'une nuit torride. Elle tombait à chaque fois sur une proie pour entamer une conversation aux allures erotiques qui pouvait durer une à deux...
Elle incubait toutes les nuits. L'incube lui rendait visite, faisait le tour de sa chambre, entrait dans ses rêves puis repartait non sans avoir laissé une trace olfactive. C'est alors qu'elle se réveillait chaque nuit, à cause de ce rêve où l'incube la prenait par effraction. A chaque fois elle se levait, allumait la lampe de chevet, chaussait ses lunettes, prenait sa vapoteuse et descendait dans le salon pour se rassurer en consultant son smartphone avec frénésie pour aller naviguer sur Meetic. Il ne lui indiquait pas le passage de l'incube dans sa stratosphère. Elle-même s'en souvenait à peine....
Bernard, 80 ans, était assis à la terrasse d'un café du centre-ville. Soudain, passe sur le trottoir une fille en jupe courte qui essaie d'assurer sa marche avec de gros talons hauts rectangulaires. Une jupe cigarette en tissu bon marché noire avec des fleurs rouges. La jeune femme portait un tatouage en forme de liseron à une cheville et une chaînette qui cliquetait à l'autre cheville. Bernard, alerte veuf octogénaire, tourna la tête vers les jambes de cette fille de 20 ans qui, à défaut d'être commune et vulgaire, était surtout mal assurée dans sa féminité. Bernard s'est rincé l'œil dix secondes...
Le martin-pecheur a plongé dans la rivière et est ressorti de l'eau avec un gardon aussi rapidement qu'il y était entré. Puis il est allé déguster sa prise sous le lavoir, au bord de la rivière, sur la margelle qui lui sert de reposoir. Oiseau vif, il lui aura fallu une minute entre l'entrée dans l'eau et la dégustation du gardon sur la margelle du lavoir. Puis il est reparti, ses ailes déployées pour trouver une autre halte et manger, qui sait, un autre poisson qui voudra bien se laisser prendre.
Il poussait une poussette, lui, l'agriculteur reconverti en politique. La retraite ou presque, à part pour la vie publique et le gardiennage des petits- enfants. Il poussait sa poussette sur un chemin goudronné en espérant emprunter des chemins creux et caillasseux. Pourtant, sa poussette n'était pas une Formule 1 ni une Formule 3000. C'était la poussette de l'usage quotidien avec une petite-fille de six mois à l'intérieur et qui faisait des bulles dès que son grand-père parlait. Jean, veste en jean, allure décontractée des agriculteurs investis en politique dans des petites communes du monde rural....
Il aimait les cerises mais il n'y en avait pas eu cette année. Les fleurs du cerisier ont gelé au printemps. Il s'était donc rabattu sur les Moncheri de Noël dernier. Il avait failli en faire une overdose. Là, c'était passé comme une lettre à la Poste mais il avait fini complètement bourré, ivre mort, totalement cuit avec ces cherries à l'alcool qu'il aimait aussi.
Elle lave plus blanc que blanc, l'eau de la fontaine
La fontaine du Fonteny lave plus blanc que blanc. Au lavoir de la fontaine, l'eau est claire et limpide avec cette source tourbillonnante qui emporte avec elle quelques algues et la végétation du lavoir hors d'usage. Pas la peine de s'approcher de la margelle sous peine d'avoir les pieds dans l'eau. Une eau rafraîchissante où il est bien de s'abreuver sans nitrates ni pesticides. Quand même, les pieds dans l'eau, ça fait du bien. Eprouvé et approuvé par les vieilles dames qui viennent là reposer leurs pieds fatigués et soulager les veines de leurs varices avec de l'eau jusqu'aux genoux. L'eau ruisselle...
Il battait toujours le fer avant qu'il ne soit chaud
Il battait toujours le fer avant qu'il ne soit chaud. Ce qui était gênant pour cet avocat habitué à faire feu de tout bois. C'était un avocat habitué à être commis d'office. Il s'occupait de petits dealers, des jugés en comparution immédiate. Il se sentait l'âme d'un pourfendeur de la République et de ses vicissitudes. Il se prenait aussi pour Georges Brassens, qu'il pensait être un bon avocat. Il chantait du Brassens avec un petit groupe d'amis avocats. Leur chanson fétiche ? Gare au gorille ! Ils se retrouvaient dans les petits cabarets de Paris et ils étaient même allés jouer le répertoire de...
Il avait croqué dans la pomme. Une belle grosse pomme, bien rouge, bien ronde, de celle que la sorcière avait tendu à Blanche-Neige mais dans une version empoisonnée. Pour lui, rien ne s'était passé. Il n'avait pas été empoisonné et aucun morceau de pomme ne lui était resté en travers de la gorge. C'était une bonne grosse pomme rouge, bien juteuse, qui avait été si appétissante sur l'étal du supermarché. Elle était très bien calibrée, dans les standards des supermarchés. Il l'avait achetée parce qu'il pensait que ça allait l'épater, elle. En fait, elle était partie avant d'avoir pu voir cette grosse...